La fébrilité, voire la tension, était palpable à l’ouverture de la séance à la salle du conseil de la route de l’Église, il y a quelques jours. Les explications d’Hervé Chapon, du Service de l’aménagement du territoire, ont finalement éclairé quelques lanternes sur les zones grises du plan directeur.
Aux 278 km actuels de bandes et pistes cyclables ainsi que chaussées désignées, le plan directeur compte en ajouter 292 pour un total de 570 km. Moins de la moitié du kilométrage actuel est composé de pistes cyclables. Le réseau ayant été conçu beaucoup plus pour la promenade du dimanche que pour les déplacements de tous les jours. L’objectif principal consiste à bâtir un réseau continu à partir de l’ensemble disparate hérité des anciennes villes.
L’assistance bigarrée, composée de représentants de toutes les strates d’âges, d’étudiants comme de professionnels, voulait s’assurer que leurs priorités étaient les mêmes que celle de la Ville. Tous semblaient s’entendre sur une chose: la sécurité des cyclistes en ville passe par le développement d’un réseau utilitaire. Le nombre de cyclistes qui utilise leurs vélos pour se déplacer au travail ou à l’école est en constante progression. Il est passé de 20 % en 2000 à 33 % en 2005.
La trentaine de personnes qui ont souhaité prendre le micro lors de la période de questions s’y connaissaient en vélo urbain. Ils ont proposé des solutions pour bonifier le plan directeur et faire en sorte que le vélo en ville cesse d’être un sport extrême. Telle une chambre à air qui se dégonfle le Plan directeur a été scruté à la loupe par les citoyens-cyclistes. Supports à vélo sur les autobus, déneigement d’une partie du réseau utilitaire, bandes cyclables à contresens pour les vélos, clochettes à vélo obligatoires, liens nord-sud déficients, plates-formes roulantes dans les escaliers du coteau Sainte-Geneviève; tout y est passé.
Prioriser des liens mécaniques Haute-Ville/Basse-Ville pour cette cité qui essouffle ses cyclistes est revenu tel un requiem. M. Chapon a rappelé qu’un lien mécanique sous les bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency est bien prévu au plan directeur, sans préciser quand.
Reste que pour Jeanne Robin, présidente de Promo-Vélo, organisme de défense des
intérêts des cyclistes, le plan directeur est globalement décevant. «C’est bien beau doubler le réseau, mais une grande partie des nouveaux kilomètres seront des chaussées désignées, martèle-t-elle. On va faire du marquage sur des rues de quartiers résidentiels tranquilles où ce n’est même pas utile. Souhaite-t-on seulement faire du millage? Ça fait des années qu’on demande une bande cyclable sur René-Lévesque. Il n’y a encore rien dans ce plan pour cette artère. Le transport alternatif est un thème à la mode, mais il n’y a pas une réelle volonté politique. On fait tout ce qui peut facilement être fait. Ce qui demande des efforts politiques et financiers on ne le fait pas.»
Mme Robin déplore également que des organismes experts comme le sien n’aient pas été consultés par la Ville. Elle ajoute que le plan ne comporte ni budget, ni échéancier. À son avis, «ce n’est pas très sérieux.»
Échéancier et liens imprécis«La Ville va moins vite que nous dans ce dossier et nous sommes à vélo...» - Pierre Bernier, candidat à vélo à la Mairie de Québec
Québec Hebdo a su auprès de François Picard, du comité exécutif de la Ville de Québec, qu’une somme de 1M $ par année pendant 10 ans était prévue pour la réalisation du Plan directeur du réseau cyclable. Quand on sait qu’il en coûte 2 500 $ à la Ville pour seulement peindre 1 km de bande cyclable, cela pourrait être beaucoup plus long et coûteux. Hervé Chapon s’est risqué à une prédiction lors de la soirée: l’ensemble du plan directeur pourra difficilement être réalisable en moins de 15 ans.
On s'est aussi penché sur le lien cyclable est-ouest inexistant, entre les quartiers centraux et la cité universitaire, lors de la consultation. La Ville en projette portant un au plan directeur sur le boulevard Laurier. Mais pour plusieurs, le lien naturel c’est le Chemin Sainte-Foy et la rue Saint-Jean. «Il faut arrêter d’essayer d’amener les cyclistes où ils ne vont pas pour plutôt leurs donner des aménagements cyclables là où ils vont», estime Guy Wera, un des cyclistes quatre-saisons présents.
Candidat déçuSelon Pierre Bernier, candidat d’un seul thème à la Mairie de Québec, – la défense des droits des cyclistes – le plan directeur est «ben cute», mais ça demeure timide, et peu pratique. «Ça fait vingt ans que nous nous battons. La Ville va moins vite que nous dans ce dossier et nous sommes à vélo, ironise-t-il. Les pistes cyclables c’est bien beau, mais c’est souvent des gens qui n’aiment pas vraiment le vélo qui les utilisent. Des gens qui partent en excursion et dont les vélos passent plus de temps sur les supports qu’à rouler. Des cyclistes de parade. Ce dont la Ville a besoin, c’est un bon réseau utilitaire.»
Enfin, pour d'autres participants, la Ville de Québec ne comprend tout simplement pas la réalité des cyclistes. Francine Lalonde a notamment souligné que lorsqu’elle a demandé à la Ville pourquoi une bande cyclable n’avait pas été ajoutée lors des travaux de réfection du boulevard Charest, on lui a répondu qu’il n’y a pas de cyclistes sur le boulevard Charest. Une bande cyclable n’était donc pas justifiable…






