À l’invitation de la Société historique du Cap-Rouge, l’auteur de ces lignes a eu le privilège de visiter le chantier en compagnie de celui par qui cette importante découverte est arrivée.
«Quand nous avons sondé le terrain en octobre 2005 nous n’avions pas de grandes attentes, raconte Yves Chrétien. Des gens cherchaient ce site depuis les années 50 et en 1979, un archéologue avait même fait cinq puits de sondage ici au parc sans rien trouver.»
Dès le premier sondage, ce dernier a décelé une couche de charbon à 30 centimètres de profondeur qui laissait présager une occupation mais il était évidemment trop tôt pour tirer des conclusions. C’est un fragment de céramique déterré au 3e sondage qui a confirmé qu’il était fort probablement sur les lieux de l’ancien fort érigé par Jacques Cartier sur le promontoire de Cap-Rouge en 1941.
«C’était un morceau de faïence avec des motifs floraux que je n’avais jamais vus, explique l’archéologue. En faisant des recherches, j’ai pu établir qu’il correspondait à de la faïence de style Istoriato fabriquée en Italie au milieu du 16e siècle. Les éléments commençaient donc à se mettre en place et à confirmer ce que nous pensions.»
Des récipients d’argile qui seraient vraisemblablement des creusets ayant servi à faire des tests métallurgiques ont aussi été trouvés. «Quand on sait que Cartier venait chercher du minerai, ça constitue un autre indice important», ajoute le chercheur.
Une centaine d’artefacts retirés du site dont des creusets, des fragments de poteries, des clous, des morceaux de mousquets et une hache à équarrir sont actuellement entreposés au Centre de conservation du Québec. Signe de l’importance de cette découverte, un comité scientifique international a été formé afin de veiller à ce que tout se fasse dans les règles de l’art.
Mais au dire d’Yves Chrétien, les fouilles les plus importantes auront lieu à l’été 2007. «Actuellement, nous élaborons une méthodologie adaptée au site et nous cherchons des indices qui nous permettront de mieux orienter nos recherches», explique-t-il.
La technologie joue d’ailleurs un grand rôle à cette étape cruciale du projet. Par exemple, le site a été passé au «scanner» par des experts de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) selon quatre méthodes différentes. Les données ainsi recueillies permettront aux chercheurs de fouiller aux bons endroits sans trop abîmer le parc.
Des analyses géophysiques des lieux ont aussi décelé plusieurs anomalies qui sont autant d’indices qui guideront le travail des archéologues. Yves Chrétien a notamment bon espoir de découvrir un cimetière qui pourrait contenir les corps de plus de 80 membres des équipes de Cartier et Roberval.
L’équipe d’archéologue doit livrer l’essentiel de l’information à temps pour alimenter le centre d’interprétation qui ouvrira à proximité du site pour les Fêtes du 400e de Québec. «Mais le site lui-même sera conservé le plus près de son intégralité que possible», souligne Serge Filion, adjoint au président de la Commission de la capitale nationale.
Rappelons qu’en août dernier, le gouvernement du Québec annonçait qu’une enveloppe de 7,7 M$ serait consacrée aux fouilles et à la mise en valeur du Parc Cartier-Roberval qui constituerait, avec un site Viking à Terre-Neuve, le plus ancien établissement européen découvert en Amérique du Nord.







