«Quand on m'a annoncé que je serais l'une des quatre personnes qui seraient nommées grands Québécois, j'ai d'abord été surprise avant de ressentir une certaine fierté, a admis sœur Louise Bellavance. Je me suis dit que les sourds peuvent enfin espérer avoir leur place dans notre société et que le Centre Signes d'espoir serait plus connu à la suite de cet honneur. Au fil des ans, j'ai appris que cela prend des entendants pour faire une place aux personnes sourdes.»
Membre de la congrégation des Sœurs de la Charité de Québec, Mme Bellavance voit également cet honneur comme une reconnaissance de son travail pour offrir une place aux sourds dans notre société, eux qui n'ont bien souvent pas de place bien à eux même en 2010.
«Même après 30 ans, l'œuvre du Centre Signes d'espoir est malheureusement encore méconnue par beaucoup de gens. Nous sommes toujours à la recherche de parrains et de marraines prêts à supporter notre œuvre en support avec nos activités. Mon unique désir est de maintenir cette ressource pour les sourds de manière à ces que ces derniers soient heureux et se développent dans le respect de ce qu'ils sont», précise la future grande Québécoise.
C'est en 1979 alors qu'on réorganise le Centre des services sociaux de Québec que Louise Bellavance se sent appelée envers les personnes sourdes.
«Il existait alors pour cette clientèle que l'Institut des sourds qui s'occupait des jeunes de 18 ans et moins. Pour les adultes, il n'y avait presque rien. Avec l'aide de partenaires, on a évalué la possibilité de leur offrir un service de maintien à domicile pour les adultes sourds qui étaient trop souvent isolés. Ils pourraient compter sur un milieu de vie bien à eux (centre communautaire) pour se rencontrer et parler la langue des signes entre eux», ajoute sœur Bellavance.
Celle-ci a par la suite pondu à titre bénévole un projet qu'elle a présenté aux Sœurs de la Charité de Québec. Une fois acceptée, la congrégation a prêté un local sur trois étages qui a abrité au Carré d'Youville le Centre communautaire Handi A, aujourd'hui appelé le Centre Signes d'espoir, le premier et seul milieu pour adultes sourds multihandicapés de l'Est du Québec.
Elle met ensuite sur pied un secteur de formation personnelle, sociale et académique adaptée aux besoins et aux capacités des personnes sourdes. En 2010, on offre une vingtaine d'ateliers d'apprentissage à des personnes sourdes dont la communication se fait en langage gestuel (langue des signes québécoise).
Deux maisons d'hébergement, l'Auberge des sourds en 1986 et Habitat-Sourd en 2002, viennent compléter les installations du Centre Signes d'espoir.
Depuis maintenant 18 ans, l'Atelier Coup de main permet aux adultes atteints de surdité d'être valorisés dans du travail manuel. On y retrouve trois plateaux intermédiaires de travail, un à l'interne et deux à l'externe.
L'atelier s'oriente maintenant dans le démantèlement d'ordinateurs et de livres tout en conservant des liens avec des imprimeurs pour divers travaux reliés à ce domaine. De nombreux sourds ont déniché un emploi à cet atelier.
C'est notamment le cas du couple de Claire Gagné et Yves Bélanger. Ce dernier, en plus d'être sourd, a perdu la vue. On lui a d'ailleurs aménagé un espace de travail spécial où il peut vaquer à différentes occupations. Sa conjointe l'aide en ce sens qu'elle lui traduit le travail qu'il a à réaliser tout au long de la journée.
«Après 30 ans à titre de fondatrice du Centre Signes d'espoir et de toutes ses composantes, j'entends poursuivre la mission de cet organisme. Son avenir va de son développement au niveau de l'hébergement (ouverture d'une maison pour personnes sourdes sans abri), au soulagement de parents vieillissants de personnes sourdes et au maintien de l'œuvre et du Centre Signes d'espoir. Encore aujourd'hui, je suis heureuse d'avoir vu les signes de la Providence pour mettre sur pied le Centre Signes d'espoir, car il permet aux sourds d'avoir une plus grande autonomie», de conclure sœur Louise Bellavance.







