Jean Charest, après l’échec des négociations avec le mouvement étudiant, lance cet appel d’une arrogance inouïe : «manifestants, ne nuisez-pas aux Québécois». Il divise ainsi le Québec en deux clans : les Québécois, et les manifestants! Et pourtant, les manifestant(e)s incarnent le plus grand élan de solidarité citoyenne que cette société ait connu depuis des décennies. Ils croient que des valeurs communes devraient prioriser une vision individualiste de la vie. Ils font écho aux exclus de la course au profit et à la performance, à tous ceux qui d’emblée ne peuvent survivre sans soutien dans une idéologie qui dit : arranges-toi tout seul, travailles, le sort des autres ne te concerne pas. Ils manifestent contre une gestion étatique qui voit la société comme une multinationale à gérer et ses étudiant(e)s comme des chiffres dans une colonne comptable. Ils manifestent même pour ceux qui les haïssent de bouleverser leur quotidien. Ils ont un rêve, une vision qui dépasse les intérêts des individus, des municipalités, même des provinces. Si vous ne rêvez plus, respectez au moins leur élan et leur courage. Ils sont les enfants d’un roi fou.
Anne-Marie Melançon, Saint-Alban







