Décidément, on n’a peine à y croire. L’archétype de l’animateur zen, celui qui mange des pommes en onde entre deux échantillons de musique new age, Jacques Languirand, communicateur hors-pair, intellectuel accessible, monument indélogeable de la radio de Radio-Canada «pète une coche» ni plus, ni moins contre les directeurs des communications de Radio-Canada et brandit le doigt le plus approprié pour exprimer son mépris à l’endroit de ces «imbéciles» et de ces «trouducs». La mâchoire nous en tombe, que s’est-il donc passé? S’agit-il d’un acte manqué? Au vu de ses antécédents, il serait fort surprenant d’avoir ici affaire à une quelconque crise de vedettariat de la part de M. Languirand. L’homme aux blancs sourcils voulait peut-être être poussé vers la sortie, fut-ce de la moins élégante des manières. Il s’agirait alors de l’accomplissement d’un désir inconscient et en ce sens, l’acte manqué pourrait bien être un acte réussi.
Par ailleurs, M. Languirand avait sans doute quelques raisons de rugir, au-delà de ce qui nous a été présenté comme un incident isolé. Rappelons que ce n’est pas la première fois que la direction de Radio-Canada manque de respect à l’endroit du doyen de ses animateurs et de ses auditeurs. Souvenons-nous ainsi il y a quelques années, quand Par quatre chemins a été cavalièrement déplacé de son créneau horaire habituelle (le dimanche soir) pour faire place à une radiodiffusion de Tout le monde en parle, au grand dam des nombreux auditeurs de monsieur Languirand. L’affaire Languirand, si on peut l’appeler ainsi, illustre sur le fond un phénomène préoccupant à Radio-Canada, soit la médiocrisation (Pierre Fallu parle quant à lui, et à juste titre, de masbourianisation) de ce média public. Les vrais gagnants, aux lendemains de cette sortie, sont les grands pontes de Radio-Canada, qui reçoivent tout cuit dans le bec le prétexte pour se débarrasser de Jacques Languirand, l’un des derniers vestiges d’une époque où les idées avaient leur place en ondes. On remarque par ailleurs que ces dirigeants ont été prompts à suspendre le vénérable animateur, sans même tenter de l’amener à présenter ses excuses.
Nous souhaitons la meilleure des chances à M. Languirand et appelons à un dénouement heureux à cette triste histoire.
Étienne Boudou-Laforce et Christophe Cloutier, Québec







