Quoi qu'en disent les experts aveugles et les amateurs naïfs, qui estiment que leur sport préféré est trop noble pour supposer que la moindre intention de blesser puisse y exister, les coups portés à la tête sont généralement intentionnels. Pour avoir joué au hockey dans des ligues d'élite permettant les mises en échec, il est clair que lorsqu'on écrase un adversaire dans la bande, ce n'est pas pour lui faire plaisir ou l'inviter à prendre une bière après le match. L'objectif est de le mettre hors d'état de nuire et, si au passage ça peut faire mal et le ralentir pour les prochaines confrontations, c'est encore mieux. Il ne faut pas croire que cette attitude tribale n'a cours que dans les ligues à degré élevé en testostérone comme le semi-pro. Elle est ancrée aussi voire encouragée dans le junior majeur, les filiales de la LAH et le grand cirque de la LNH.
Si les bonzes mollassons et les préfets de discipline frileux de la grande ligue ne sont pas aptes à se hisser au-dessus de la mêlée et reprendre le contrôle de la discipline dans leur propre cour et pour leur propre salut, d'autres pourraient être tentés de le faire. Poussé sournoisement contre la rampe par un géant de 6,9 pieds, sans même être en possession de la rondelle, Pacioretty n'a eu aucune chance de se protéger. Il était déjà inconscient avant de s'effondrer sur la glace. Résultat : sévère commotion cérébrale, vertèbre cervicale fracturée et reste d'une brillante carrière menacé. Verdict de la LNH : aucune suspension pour la brute des «Big Bad Bruins». La prise de conscience viendra peut-être du système judiciaire dans ce dossier. En effet, le procureur en chef du Québec suggère la tenue d'une enquête afin de déterminer la pertinence de poursuites criminelles.
Les sceptiques qui estiment que contacts violents et bagarres font partie du hockey de haut niveau et contribuent au spectacle devraient en discuter avec la veuve du matamore des années 1990, Bob Probert. Décédé en 2010, à l'âge de 45 ans, l'ancien «policier» des Red Wings de Détroit avait légué son cerveau à la science. Or, les récentes analyses ont révélé des traces de chocs irréparables, comme chez les footballeurs et les boxeurs. Bref, en vieillissant, il s'exposait à davantage de risques de maladies dégénératives (Alzheimer, Parkinson, etc.) et à des troubles vasculaires (qui l'ont finalement emporté). La preuve est d'ailleurs faite que les lésions de commotions cérébrales sont permanentes. Les victimes auront presque assurément une fin de vie écourtée ou compliquée. Bel avenir pour les vedettes sportives qui nous font vibrer et les jeunes qui les prennent comme modèles…







