Mikhail Grigorenko ou Nail Yakupov ? Il n'y a pas si longtemps, plusieurs analystes jonglaient avec ces deux possibilités lorsqu'on leur demandait quel nom allait sortir au premier rang lors de la prochaine séance de sélection, qui se tiendra à Pittsburgh en juin. Après des séries difficiles, il semble que les Ryan Murray, Filip Forsberg et Alex Galchenyuk soient passés devant "Grigo" dans l'esprit de plusieurs.
Originaire Khabarovsk en Russie, Mikhail Grigorenko a décidé de faire le saut en Amérique du Nord l'été dernier, décision qui n'est jamais facile à prendre pour un jeune de 17 ans. Sélectionné au deuxième rang lors du repêchage européen par les Remparts de Québec, il débarque dans la Vieille-Capitale sans parler un mot en anglais. «Je savais en venant au Québec que la Ligue canadienne de hockey (LCH) était l’une des meilleures au monde», mentionne l'attaquant, qui aura appris l'anglais en quelques mois seulement. Sa nouvelle organisation lui a d'ailleurs facilité de beaucoup sa venue au Canada. «Je vis avec ma mère et on parle toujours en russe. À l’extérieur, j’ai un traducteur et ça a été plus facile pour moi de m’adapter».
Grigorenko fait connaissance avec ses nouveaux partisans le 9 septembre, alors que Québec reçoit Victoriaville devant 12 188 partisans, venus épier les faits et gestes du prodige russe. «C’est incroyable de jouer devant autant de partisans, dit-il un sourire en coin. Je me souviens, lors de mon premier match, j’étais très nerveux. J’ai passé l’échauffement à regarder dans les gradins tellement c’était fou. L’année dernière, lorsque je jouais dans le junior en Russie, il y avait peut-être 100 personnes dans les gradins. Aujourd’hui, je me retrouve devant 10 000 partisans».
Patrick Roy au cœur de sa progressionÀ 17 ans, Grigorenko se retrouve dans une équipe, qui peut compter sur quelques vétérans pour entourer les jeunes joueurs. Malgré son jeune âge, le talent fait tout la différence pour celui qui récoltera 85 points, dont 40 buts. Après avoir remporté la médaille d'argent au Championnat mondial junior, "Grigo" remporte le trophée Michael Bossy, remis au meilleur espoir professionnel du circuit Courteau, et la Coupe RDS, honneur remis à la recrue de l'année.
Devant autant de succès, le Russe admet qu'il a parfois de la difficulté à réaliser ce qui lui arrive. «C’est comme un rêve. Aujourd’hui je suis au Gala des rondelles d’or avec les meilleurs joueurs de la ligue. C’est difficile d’y croire parfois. Lorsque j'ai reçu mes trophées, j’étais très nerveux, car je voulais bien faire devant la foule. C’est incroyable de voir le nom de Sidney Crosby sur les mêmes trophées que ceux que je viens de remporter», a souligné Grigorenko, rencontré lors de cette remise annuelle.
S'il a eu autant de succès au cours de la dernière campagne, Mikhail Grigorenko croit que c'est en grande partie en raison de l'aide que lui a apportée son entraîneur Patrick Roy. «C’est une très bonne personne. Je n’ai jamais eu un entraîneur qui m’a aidé comme il l’a fait. La première fois que je suis embarqué sur la glace avec Patrick, je ne pouvais croire que j’étais avec l’un des meilleurs gardiens de l’histoire. À la longue, tu ne penses plus à ça et je peux dire qu’il est vraiment bon pour mon développement», admet-il.
Le repêchageMalgré le fait que plusieurs considèrent qu'il a connu des séries difficiles, surtout contre les Mooseheads d'Halifax, Grigorenko verra assurément son nom sortir en première ronde lors du prochain repêchage. Sur la glace, ses habiletés sont indéniables: lancer digne des professionnels, vision de jeu très développée et passeur expérimenté font du numéro 25 un futur joueur d'impact dans la LNH. Le principal intéressé ne semble pas se laisser distraire par toutes les rumeurs qui circulent sur son possible rang de sélection. «Il y a des joueurs qui jouent dans la LNH et qui n’ont jamais été repêchés. Que je sois sélectionné premier ou pas, je veux juste jouer chez les pros un jour», affirme-t-il.
Plusieurs recruteurs se posent bien des questions lorsqu'ils voient que le joueur qu'ils comptent recruter est originaire de la Russie. Le fait que ces athlètes peuvent retourner dans la Ligue de hockey Kontinental (KHL) pour des salaires astronomiques en inquiète plusieurs. Mikhail Grigorenko a son opinion sur ce point, qui pourrait le désavantager lors du repêchage. «Si je suis venu ici, c’est pour me rapprocher de la LNH. Je ferai tout pour atteindre mon rêve», laisse-t-il tomber.
Son ami Nail Yakupov pourrait également être désavantagé par ses origines, lui qui a fait le saut en Amérique du Nord à l'âge de 16 ans pour le Sting de Sarnia. Plusieurs experts voyaient Yakupov et Grigorenko sur le même pied d'égalité à un moment au cours de la saison. Les deux attaquants se sont côtoyés pendant le Championnat mondial junior, mais n'ont pas réellement discuté de la situation. «Peut-être qu’à l’intérieur, on y pense un petit peu, mais on ne s’en préoccupe pas vraiment. Yakupov est un excellent joueur, qui travaille toujours très fort sur la glace. Il a un excellent lancer et est très rapide sur ses patins».
Selon plusieurs recruteurs, la vedette des Remparts aura besoin d'une autre saison dans le junior avant de faire le saut chez les professionnels. «Si je devais retourner dans le junior l’année prochaine, je ne verrai pas ça comme un pas en arrière. J’ai encore beaucoup à apprendre. Regardez Radulov, il a joué deux ans ici et aujourd’hui, il est dans la Ligue nationale de hockey (LNH)», affirme celui qui fera l'impossible pour réaliser son rêve.
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