«D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours rêvé de voler aux commandes d'un avion ou d'un hélicoptère, précise Denis Anctil. J'ai fait mon premier tour d'hélicoptère à 7 ans et j'ai eu immédiatement la piqure. J'ai obtenu ma licence de pilote d'avion et d'hélicoptère à 21 ans. J'ai ensuite été pilote d'hélicoptère pendant 25 ans chez la compagnie Hélicoptères canadiens. J'étais de ces pilotes qui pouvaient voler aux instruments et dans tous les temps inimaginables.»
C'est après avoir effectué trois vols de nuit pour emmener des blessés à l'hôpital avant trois jours de vacances que la vie de Denis Anctil a changé du tout au tout.
«Contrairement à ce qu'on pourrait imaginer, ce n'est pas un accident d'hélicoptère qui est la cause de mon handicap. J'ai simplement glissé sur une distance de quatre petits pieds en construisant mon chalet, ma colonne vertébrale heurtant un poteau, me rendant quadraplégique. J'ai dès lors perdu mon emploi et ma raison de vivre à l'âge de 47 ans seulement. Je pensais alors que mon rêve de voler était oublié à tout jamais», d'ajouter M. Anctil.
Sauver des vies par une intervention héliportée était un travail fort valorisant pour celui qui avait 14 000 heures de vol à titre de pilote d'hélicoptère. Comme preuve de la dextérité dont il faisait preuve dans l'exercice de ses fonctions, sa compagnie lui a réservé une belle surprise un an après ce malheureux accident.
«On avait organisé une réception en mon honneur à l'héliport localisé sur le toit du Queen Elisabeth II d'Halifax. Je m'y suis rendu et on décidé de baptiser l'héliport de mon nom, soit l'Héliport Denis-Anctil. Faut croire que j'avais marqué l'entreprise qui m'a employé pendant un quart de siècle. Ma conjointe, Diane Leclerc et moi sommes revenus dans la région de Québec par la suite pour entreprendre ma période de réhabilitation. Une chance que j'ai Diane à mes côtés, car elle me seconde dans cette épreuve de la vie», de dire encore le quinquagénaire.
Malgré son handicap, Denis Anctil a toujours la volonté de voler un jour ou l'autre.
«Je savais que des paraplégiques avaient la permission de voler, mais j'ignorais si tel était le cas pour quadraplégique. J'entreprends des démarches auprès de Transports Canada pour savoir si je pourrais envisager de voler de nouveau. Après un an d'attente, je me rends à Montréal pour les rencontrer, sans rendez-vous préalable. On établit alors que mon handicap ne m'empêche pas de voler, ce qui me redonne espoir», admet celui qui a élu domicile sur la Rive-Sud de Québec.
Lors d'un périple aux États-Unis, le Québécois rencontre un Américain qui lui parle de la possibilité de voler malgré son handicap à bord d'un delta-plane motorisé ultra léger, ce qu'on appelle un pendulaire.
«Je m'informe de cette possibilité dès mon retour au Québec et j'obtiens finalement mon permis de pilote ultra léger en 2005 en me rendant à Saint-Hyacinthe. À ce que je sache, je deviens le seul paraplégique canadien à obtenir ce fameux permis. J'aime dire que je trace la voie à d'autres paraplégiques. Après un an à piloter à différents endroits, je pense qu'il y a un marché et je décide de fonder une école, ULP Aviation (ultra léger pendulaire) à Saint-Lambert», de relater Denis Anctil.
À sa troisième année d'opération, ULP Aviation est toujours la seule école du genre à l'est de Montréal et dans l'Est du Canada.
«J'y travaille avec ma conjointe et mon fils, Bruno. Il s'est créé une demande pour ce genre de cours au fil des ans. On y offre en plus des vols de familiarisation avec cet ultra léger pendulaire qu'on surnomme la moto volante du ciel. Rien ne vaut un essai pour savoir si on est fait pour voler dans ce type d'appareil. Pour ce faire, on s'informe au www.ulpaviation.com», de conclure Denis Anctil.







