Inutile de dénoncer le phénomène des nouveaux médias sociaux pour expliquer la fragilisation du pouvoir des médias traditionnels. Les grands de cette industrie autrefois davantage crainte et respectée possèdent tous les atouts et, surtout, les défauts nécessaires pour se tirer dans le pied et empirer une situation qui commence déjà à être périlleuse pour certains fleurons d'hier. À moins que ce ne soit là une machination orchestrée pour affaiblir la concurrence et accroître ensuite un monopole tentaculaire, à la manière de «diviser pour mieux régner». Quoi qu'il en soit, pendant que le monde s'ouvre à de nouvelles opportunités de communiquer et de transmettre l'information, il semble subsister des ténors en manque de vision.
Après la cessation de toute collaboration avec la Presse canadienne, agence nationale de partage de contenu dédié aux quotidiens, la récente décision de Quebecor de retirer sa participation au Conseil de presse du Québec crée un malaise évident. On peut comprendre jusqu'à un certain point la décision d'affaires de quitter une agence de presse qui rend nos meilleurs textes disponibles à la concurrence et vice versa. Reste que l'Agence QMI vient ébranler un système d'échange qui fonctionne bien et qui est bonifié de textes originaux produits par des journalistes de la Presse canadienne. Au passage, c'est une source additionnelle qui se retrouve ainsi mise en danger. À moins que la stratégie soit de scinder le paysage québécois de la presse écrite : la Presse canadienne pour les quotidiens de Gesca, Le Devoir et les journaux anglophones; l'Agence QMI pour l'empire multimédia Quebecor.
Difficile de s'y retrouver dans les dédales des calculs stratégiques de certains magnats de la presse. Néanmoins, le dénigrement d'un organisme de régulation sérieux tel le Conseil de presse ne repose sur aucun fondement. Dans le milieu professionnel du journalisme, l'image de Quebecor en ressort passablement égratignée. Il n'y a pas qu'à ruefrontenac.com, site Internet des employés du Journal de Montréal en lock-out depuis plus d'un an, où on remet en question les récentes décisions de la haute direction de l'empire fondée par feu Pierre Péladeau. Vouloir se soustraire aux règles du jeu minimales en matière d'éthique, c'est donner une désagréable impression de mesquinerie comme on pourrait le déplorer de la part du cancre de la classe qui claque la porte parce qu'il est outré d'être régulièrement pris en défaut pour son manque d'effort et de rigueur. Ce retrait est d'autant plus suspect qu'il survient alors que l'honorable juge Gomery vient d'accepter de diriger les destinées du tribunal d'honneur de la presse du Québec.
Par ailleurs, lorsque Quebecor annonce son intention de lancer une nouvelle chaîne anglo-canadienne d'information continue Sun News, calque de l'ultraconservatrice Fox News aux États-Unis, cela ne peut que confirmer son désir de faire bande à part. S'il s'agissait d'une réelle volonté d'autonomie pour accroître l'indépendance des sources d'information entre elles, on ne pourrait que saluer la démarche. Toutefois, lorsqu'on redoute qu'il puisse se profiler une intention politique, alors la théorie de division en clans tend à se confirmer. Ainsi, pendant qu'on peut déplorer certains liens entre Power Corporation et le Parti libéral du Canada, on ne peut que dénoncer le rapprochement qui s'opère entre Sun Media et le Parti conservateur…
Guerre de clans médiatiques
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