Le promoteur de Québec n’a toutefois pas déposé encore officiellement de projet à la Commission d’urbanisme et de conservation de Québec (CUCQ). L’esquisse du projet résidentiel propose un édifice de 15 étages, sans inclure en tout ou en partie l’église Saint-Cœur-de-Marie. Mais le zonage actuel permet la construction d’un bâtiment de 8 ou 9 étages.
Étant donné que le terrain fait partie de la zone couverte par le Programme particulier d’urbanisme (PPU) de la colline parlementaire, la CUCQ a le dernier mot sur le projet. «La Commission a le pouvoir de permettre la démolition ou d’obliger le propriétaire à conserver le bâtiment ou demander un projet de remplacement», explique Julie Lemieux, conseillère responsable du patrimoine à la Ville de Québec.
Au cours des dernières années, la Commission d’urbanisme de Québec a procédé à 15 refus verbaux ou écrits de démolition. Et 95% de ces refus concernaient des bâtiments situés sur la Grande Allée.
Axe patrimonialCoalition Héritage Québec se fait un point d’honneur de défendre le dossier de l’église Saint-Cœur-de-Marie, même si elle n’est pas classée bâtiment historique (et donc aucune protection particulière du ministère de la Culture), en raison de son emplacement sur l’«artère patrimonial».
«Ça fait partie d’une vision de conserver et prolonger le parcours du Vieux-Québec vers l’ouest. Les touristes attirés par les lieux historiques et patrimoniaux sont ceux qui rapportent le plus d’argent. Si on pouvait les garder plus longtemps dans la ville, ça amènerait plus de prospérité économique», soutient la porte-parole de la Commission, Johanne Elsener.
«Par exemple, tout au long de cet axe patrimonial, la Maison des Jésuites et les ruines du fort Jacques-Cartier pourraient être soutenus par d’autres lieux secondaires, comme la Villa bagatelle, maison Hamel-Bruneau et les Grands domaines conventuels», poursuit-elle.
Hôtel-boutiqueParmi les solutions proposées par Coalition Héritage Québec, la conversion de l’église Saint-Cœur-de-Marie en hôtel-boutique figure en tête de liste. «On a un exemple qui fonctionne à Nantes (selon l’inventaire de la firme Inca sur les meilleures idées de reconversion des propriétés conventuelles), où une église a été transformée en hôtel de luxe avec 28 chambres. Des fonds publics ont été injectés dans le projet, qui est viable», soutient la porte-parole de l’organisme, Johanne Elsener.
Coalition Héritage Québec croit que l’offre d’hébergement doit être diversifiée et que certains touristes sont davantage attirés par les hôtels plus modestes, avec du cachet, que les grands hôtels, plus impersonnels.
La conseillère Julie Lemieux souligne avoir rencontré le promoteur Sébastien Leboeuf pour lui soumettre des idées pour inclure l’église. «En même temps, c’est un homme d’affaires; on n’est pas chez nous. Même si on a beaucoup fait
de reconversion, comme la Maison de la littérature, la Maison Loyola et l’église Saint-Roch, on ne peut pas gérer tout le territoire», explique-t-elle.
Règlement municipalOutre la conversion proposée de l’église, Coalition Héritage Québec indique que la Ville de Québec pourrait adopter un règlement semblable à celui que Lévis a voté, le 3 juillet dernier, sur l’obligation d’entretien ou de réparation de tous les bâtiments sur le territoire de la Ville de Lévis, sauf agricoles.
«Souvent, les entrepreneurs, mais pas tous, ont tendance à laisser à l’abandon un bâtiment, le temps de dire que c’est un danger public et que ça finit par coûter trop cher pour le remettre en état. (…) Il serait encore temps pour la Ville de Québec de passer un règlement comme celui de Lévis, avant qu’il ne soit trop tard», estime Mme Elsener.
Groupe Québec Hebdo.








