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Le sexe, de péché à métier



Patrice Corriveau, professeur adjoint au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, se positionne en faveur de la décriminalisation de la prostitution.

Patrice Corriveau, professeur adjoint au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, se positionne en faveur de la décriminalisation de la prostitution.

Thaïs Martel
Publié le 10 Mars 2011
Publié le 10 Mars 2011
Thaïs Martel  RSS Feed

Réprimer la prostitution sous toutes ses formes, criminaliser les clients plutôt que les prostituées ou à l’inverse, décriminaliser le travail du sexe? Patrice Corriveau, professeur adjoint au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa et coauteur de l’ouvrage Mais oui c’est un travail! croit que tout ce qui entoure la prostitution doit être décriminalisé pour que cette dernière devienne un métier comme un autre.

Sujets :
Bloc Québécois , Ministère de la Justice du Canada , Canada , Nouvelle-Zélande , Ottawa

«La criminalisation du travail du sexe force les femmes à s’isoler, et ce sont la clandestinité et l’isolement qui les rendent vulnérables aux abus et à la violence. La criminalisation est un échec. Quand on se positionne pour la décriminalisation, il n’est pas question de morale. C’est la sécurité des femmes qu’on place en premier, point! Par rapport au travail du sexe, deux courants s’opposent. D’un côté, on voit la prostitution comme un mal en soi. Peu importe les circonstances, il faut absolument l’éliminer. D’un autre côté, on retrouve une approche plus pragmatique qui dit que ça peut être un métier dans certaines circonstances. Il faut essayer de sécuriser les travailleuses du sexe comme on peut», résume M. Corriveau.

L’enseignant et criminologue dénonce un mouvement moraliste qui domine présentement en ce qui a trait à la sexualité. D’une part, la sexualité dérange et on sépare difficilement sexualité et intimité, surtout pour les femmes. D’autre part, la population n’a pas entre les mains l’information nécessaire pour avoir un jugement éclairé.

«Il y a beaucoup d’incompréhension dans l’imaginaire des gens. Pour eux, décriminaliser c’est comme un open bar. Ça n’a rien à voir. Au Canada, on a déjà une kyrielle de lois dans le Code pénal qui permettent de protéger les femmes contre les abus, par exemple l’extorsion, la violence physique ou sexuelle.»

Le problème selon M. Corriveau, c’est que les articles du Code criminel traitant de prostitution s’appliquent essentiellement aux femmes. «92% des peines concernant la loi sur la sollicitation sont purgées par des femmes. Les statistiques montrent que ce sont les femmes qui payent alors qu’on invoque le souhait de les protéger», indique le spécialiste.

L’exemple de la Nouvelle-Zélande

Selon le criminologue, trois consensus existent déjà en matière de prostitution. D'abord, il importe de mieux protéger les travailleuses du sexe, ensuite les lois en vigueur pour contrer la prostitution sont un échec et, enfin, les lois actuelles nuisent aux femmes travailleuses du sexe puisque l’illégalité de leurs activités les empêche de porter plainte lorsqu’elles sont victimes d’abus ou de violence.

La solution préconisée par le spécialiste : le modèle néo-zélandais. Seul pays où la prostitution est complètement décriminalisée, la Nouvelle-Zélande a fait le choix de soumettre l’industrie du sexe aux mêmes règles de santé et de sécurité publique que les autres industries. «Ils se sont dit que la prostitution était là pour rester et ils se sont demandé comment faire pour protéger ceux qui travaillent dans ce milieu. C’est une approche de diminution des méfaits et de reconnaissance du travail du sexe», résume Patrice Corriveau.

«92% des peines concernant la loi sur la sollicitation sont purgées par des femmes. Les statistiques montrent que ce sont les femmes qui payent alors qu’on invoque le souhait de les protéger.» - Patrice Corriveau, professeur adjoint au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa

Perspectives

Si le criminologue d’Ottawa n’hésite pas à défendre haut et fort sa position, difficile de lui trouver un pendant local ici, à Québec. Questionné face à cette absence, M. Corriveau a rejeté la faute sur les pros-abolition. «Il y a beaucoup de désinformation. Le courant abolitionniste dispose d’un lobbying très fort, ils sont très organisés côté médias.»

Reste qu’avec un gouvernement conservateur au pouvoir, la décriminalisation de la prostitution n’est pas pour demain. Patrice Corriveau croit également que sa position n’est pas «politiquement vendeuse».

«À partir du moment où l’on va décider que l’objectif premier c’est la sécurité des femmes, ça va bouger. Je pense que le NPD, certains élus du Bloc Québécois et certains libéraux pourraient offrir une oreille attentive. Reste que c’est comme pour la décriminalisation de l’homosexualité. Ça a seulement pris du courage; il n’y a pas beaucoup de capital politique à gagner là. Côté sexualité, on a beau dire que la société est hypersexualisée, on est encore inconfortables avec ça. On reste très judéo-chrétien.

La violence et la prostitution en chiffres

-La dernière étude disponible sur la prostitution de rue au Canada indique qu’entre 1991 et 1995, 63 personnes connues pour se livrer à la prostitution ont été victimes de meurtre. De ce nombre, 60 étaient des femmes.

-Selon un rapport du Ministère de la Justice du Canada datant de 1996, les travailleuses du sexe qui exercent dans la rue risquent 60 à 120 fois plus que les autres travailleurs d’être agressés sévèrement ou tuées durant leur travail

La semaine prochaine : La prostitution, le plus vieux métier ou le plus vieux mensonge du monde?

Commentaires

  • Nom de l\'usager
    Simon Fournier
    - 2 Mai 2011 à 16:09:53

    La prostitution: un choix de carrière pour votre adolescente? Une enquête menée à San Francisco en 1995 sur 130 personnes prostituées aboutissait à la conclusion que 55 à 90 % d’entre elles (pourcentage bien approximatif) avaient été victimes d’abus sexuels dans l’enfance. Qu'on arrête de se leurrer. Les personnes pratiquant la prostitution ne font PAS un choix "éclairé"!

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  • Nom de l\'usager
    Simon
    - 25 Mars 2011 à 11:20:24

    Peut-on vous suivre sur twitter, FB ou autre ?

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  • Nom de l\'usager
    Amélie Jolie
    - 13 Mars 2011 à 17:30:27

    Oui la monté de la droite faire extrêmement peur. Le contre article de la semaine passé. http://www.montrealgazette.com/news/obligation+protect+trade+workers+government+argues/4417029/story.html Le gouvernement s'en lave les mains. Il se déresponsabilise alors que c'est lui même qui à fait de nous des criminels. À regardez tout ça, je me demande vraiment en quel Dieu ils croient? Le Canada est un pays qui est capable de lever une armée et de s'impliquer dans des guerres. Mais pour ce qui est de l'amour, on criminalise les gens qui en on fait un métier??? Mais en quel Dieu vous croyez? On se sert de nos stéréotype pour refuser de nous protéger, comme si on ne méritait pas cette protection. Qu'on était des humains de second ordre, une sous race. Un peu plus et puis on va être traiter comme des terroristes à cause qu'on fait l'amour à un autre être humain??? hein??? Amélie Jolie travailleuse du sexe depuis 5 ans.

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  • Nom de l\'usager
    Lyne
    - 11 Mars 2011 à 07:27:31

    Bien que je respectes vôtre opinion, je ne la partage pas. Légalisé ou décriminalisé reviendrait encore à faire l'autruche ! La sécurité des femmes ne sera pas améliorer pour autant ! Il faut aller beaucoup plus loin dans ses réflexions. (rien avoir avec l'homosexualité) Le simple fait que leur métier soit reconnu ne pourra pas changer quoi que ce soit de leur qualité de vie (sécurité). J'irais même jusqu'à dire, quelles seront isolés davantage... Car les ressources existantes n'auront plus leurs raisons d'être et finiront par disparaitre ! Ne jamais perdre de vue ce qui (ou qui...) a amené cette femme vers la prostitution... Les séquelles qui s'installeront au fil du temps lorsque l'on pratique des relations sexuelles avec des gens pour qui elles n'ont AUCUN intérêt... Je n'achète pas non plus l'idée que ça répond à un besoin des hommes... Mais plutôt un sentiment déguisé ou non de contrôle et perversion, ex : "Ma femme ne veut pas faire ses choses là, alors toi tu le feras... et tu feras aussi semblant d'aimer ça". Le fait de payer (de s'acheter du temps), leur donne des droits, voilà ce qui sera encouragé avec la légalisation ou décriminalisation. Le geste sera encore plus banale... puisque reconnu! La prostitution est basée sûr la violence... la déshumanisation de l'individu. Dans les pays ou elle est devenue légale, ils ont observer que "le tourisme sexuelle" a grandement augmenter et que la violence à du même coup suivi cette hausse. On ne parle pas de produit ici, mais belle et bien d'être-humain avec une conscience et des valeurs. Ce n'est définitivement pas un métier et je ne vois vraiment pas en quoi elles seront mieux protégés ? Débutons plutôt par d'éducation de nos jeunes garçons... Le respect vis à vis les femmes. Voici mon opinion.

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  • Nom de l\'usager
    Votre nom
    - 11 Mars 2011 à 07:27:27

    Je suis aussi pour la décrim totale, mais pas pour les mêmes raisons que vous. Tout simplement car je crois en des valeurs de libertés (tant qu'elle nuit pas à celle des autres) et d'égalité. Pour votre scénario, désolé, mais moi je vois le tableau d'ici et ça risque d'être comique appliqué ici. Or, comme vous, je rêve de voir ça. Bref, tant mieux, je suis une fille de résultats, alors peu importe les moyens, tant que c'est legit...En effet, ce que les gens peuvent croire n'importe quoi de l'extérieur. Ps : Pas politiquement payant...enfin, pas si certaine vous savez, madame ne suit pas monsieur quand il va voter et en effet, si on parle de sécurité pour ces pauvres femmes...Bon plan, bonne continuité, mais je vous laisse cette job :-)

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  • Nom de l\'usager
    Carl
    - 10 Mars 2011 à 22:19:46

    Bonne réflexion qui s'inscrit dans ma ligne de pensée. Arrêtons de cacher ce fait qui remonte dans la nuit des temps et légalison. Je suis cependant très pessimiste avec le gouvernement actuel et la mont.e de la droite avec sa rectitude hypocrite.

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